En jeune fille de bonne famille de la bourgeoisie anglaise, tout juste sortie de l’adolescence, Lucy Honeychurch a la liberté de
voyager pour parfaire son éducation… sous la surveillance d’un chaperon lunatique, sa cousine Charlotte Bartlett, vieille fille à la fois libérale et engoncée dans ses principes.
Alors que ce séjour à Florence (en Italie) promettait d’être une ouverture au monde , c’est le petit monde des touristes et des
résidents anglophones en Italie qui dicte à Lucy sa conduite, et les personnes qu’elle peut ou non fréquenter.
Ainsi, alors que M. Emerson et son fils Georges plaisent d’emblée à Lucy, la petite société de
la pension de famille où elle réside lui déconseille fermement de les rencontrer et de leur parler, car ils ne sont vraisemblablement pas du même monde (ils proposent d'échanger leurs chambres
pour que ces dames jouissent de la vue sur l'Arno, d'où le titre du livre!) Ainsi donc, Lucy se retrouve coincée entre ses opinions, qu’elle remet en question, et les pressions de son
entourage, notamment de Charlotte, qu’elle peine à justifier à ses propres yeux.
Une sortie en calèche, sur les hauteurs de Florence, au cours de laquelle Georges Emerson va embrasser Lucy (pendant à
peine quelques secondes puisque Charlotte intervient) devient l’élément déclencheur du combat interne de Lucy.
Pendant de longs mois, elle va lutter contre ce qu’elle ressent pour Georges en
agissant comme le veut sa famille : Cécil
Vyse la demande pour la troisième fois en mariage et elle finit par accepter ; il est désagréable, pédant, se joue des autres, même de sa famille, mais elle lui trouve des
excuses ; il intervient dans une affaire que veut régler Lucy, et elle se retrouve ainsi de manière inattendue avec les Emerson comme voisins, alors qu’elle avait proposé la maison à deux
sœurs vieilles filles qu’elle avait rencontrées en Italie. Cecil cherche à modeler Lucy à sa convenance, celle-ci se sent étouffée.
Bref, tous les éléments qui lui prouvent qu’elle est sur la mauvaise voie se dressent devant elle sans qu’elle daigne les voir. Je ne vous
dévoilerai pas l’issue du roman, bien entendu, mais au-delà de l’histoire d’amour, le but de l’auteur, Edward Morgan Foster, est de critiquer la société anglaise du début du
XXème siècle. « Les opinions de Forster, humaniste laïque, sont le cœur de son œuvre, dans laquelle souvent les principaux personnages font des tentatives pour se comprendre et
communiquer les uns avec les autres par delà les barrières sociales. »
Les personnages secondaires sont étonnants de complexité et de mystère : Charlotte Bartlett
semble tiraillée entre son éducation et ses souffrances cachées
(amour déçu ?), et on pourrait finir par croire que, contre toute évidence, elle aide Lucy à accomplir ce qu’elle-même n’a pas osé vivre ; Mr Beebe, pasteur, est
réellement ambigu dans ses réactions avec ses paroissiens, notamment en ce qui concerne le mariage(je n’ai pas réussi à comprendre s
on caractère !) ;
Miss Lavish, écrivain de romans à l'eau de rose, a un caractère déterminé et cherche à s'inspirer des membres de leur petite communauté anglophone pour écrire son roman;
M. Emerson, seul personnage adulte (je trouve que Lucy et George sont encore très adolescents) à être honnête avec lui-même, et assez lucide sur son entourage, réussit même à se
montrer bienveillant avec tous.
Dans le film tiré de ce livre, Chambre avec vue, sorti en 1985, le visage poupin d’Helena Bonham
Carter traduit parfaitement le caractère de Lucy Honeychurch : une charmante jeune fille anglaise, à la fois docile et rebelle, à la recherche du grand amour, sans qu’elle sache
réellement ce que cela signifie pour elle. J'ai vraiment préféré le film au livre (que j'ai trouvé un peu lent), car James Ivory a très bien filmé les
merveilleux paysages de la Toscane, la campagne anglaise ; mais surtout on voit les formidables acteurs qui comptent parmi les plus célèbres outre-manche : Maggie Smith (Pr Mac Donagall dans
Harry Potter), Judi Dench (La reine Elizabeth dans Shakespeare in love, Simon Callow (Gareth dans Quatre mariages et un enterrement, Sir Edmund Tilney dans
Shakespeare in love) et Daniel Day Lewis (Le dernier des Mohicans, Gangs of New York)
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